Lundi 6 juin 2011 1 06 /06 /Juin /2011 19:19
 

1. Comment détruire la paysannerie mondiale de manière responsabl    
    Par : François Warlop


Message
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1. Comment détruire la paysannerie mondiale de manière responsabl
Envoyé par : "François Warlop" francois.warlop@grab.fr
Date : Lundi, 6. Juin 2011 11:55

http://www.project-syndicate.org/commentary/deschutter1/French

parOlivier De Schutter <http://www.project-syndicate.org/contributor/1814>


BRUXELLES -- La Banque mondiale, l'Organisation des Nations unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds international pour le
développement de l'agriculture (FIDA) et le secrétariat de la Conférence
des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) ont
récemment proposé sept /Principes pour un investissement responsable
dans l'agriculture/. Ces principes visent à s'assurer que ces énormes
placements débouchent sur un résultat "gagnant-gagnant", servant tant
les investisseurs que les communautés directement impliquées. Si ces
principes sont pétris de bonnes intentions, ils sont cependant
totalement inadéquats.

Depuis plusieurs années, les investisseurs (privés et publics)
acquièrent et louent des millions d'hectares de terres agricoles dans le
monde afin d'assurer l'approvisionnement de leur pays en nourriture, en
matières premières et en biocarburants ou de toucher des subventions
pour stockage du carbone sur leur site. Les investisseurs occidentaux, y
compris les banques de Wall Street et fonds d'investissement, voient
aujourd'hui le foncier comme une valeur refuge dans un contexte de
tourmente financière.

Le phénomène a pris une ampleur considérable. Depuis 2006, entre 15 et
20 millions d'hectares de surfaces agricoles -- soit l'équivalent du
total des terres arables de France -- ont fait l'objet de négociations
de la part d'investisseurs étrangers.

Les risques sont considérables. Trop souvent, des notions comme « terre
agricole en réserve » ou « en friche » sont détournées de leur sens,
pour désigner des terres qui assurent en fait la subsistance populations
entières, en vertu de pratiques coutumières. Les expropriations
devraient n'avoir lieu que dans l'intérêt public, contre compensation et
après consultation des intéressés. Dans les faits, ces principes ne sont
que rarement respectés.

En Afrique, les terres arables sont en général considérées comme
propriété domaniale de l'État, et les gouvernements les traitent comme
si elles leur appartenaient. En Amérique latine, le fossé entre les
grands propriétaires fonciers et les petits exploitants se creuse.
Aujourd'hui, en Asie du Sud, beaucoup de populations sont délogées de
leurs terres ancestrales pour libérer l'espace afin de créer d'immenses
plantations de palmiers à huile, construire des zones économiques
spéciales ou pour des projets de reforestation.

Les principes proposés pour discipliner le phénomène sont présentés
comme volontaires. Il faut au contraire insister pour que les
gouvernements respectent leurs obligations envers les droits de l'homme,
y compris le droit à l'alimentation, le droit des peuples à disposer
eux-mêmes de leurs richesses et de leurs ressources naturelles, et le
droit de ne pas être privés de leurs moyens de subsistance. Les
principes proposés ne disent mot sur les droits de l'homme : ils
manquent ainsi cette dimension essentielle de la responsabilité des
gouvernements.

Par évidence, l'achat de terres par les investisseurs pour créer de
vastes plantations va à l'encontre de l'objectif de redistribution des
terres afin de garantir un accès plus équitable à la propriété foncière.
Objectif que les gouvernements se sont pourtant engagés régulièrement à
poursuivre, surtout depuis la Conférence internationale sur la réforme
agraire et le développement rural de 2006.

Le problème va en réalité bien au-delà de la manière dont ces principes
dont formulés. La promotion de l'investissement foncier à grande échelle
découle de la conviction que, pour combattre la faim, il faut augmenter
la production alimentaire, et que celle-ci stagne en raison d'un manque
d'investissement dans l'agriculture. C'est ce biais qui explique que,
lorsque les investisseurs ont commencé à se ré-intéresser à
l'agriculture, la priorité fut de les y attirer en leur offrant les
meilleures conditions possibles, plutôt que de leur imposer des
conditions risquant de les dissuader.

Or, tant le diagnostic que le remède sont incorrects. La faim et la
malnutrition ne sont pas dues à une production alimentaire insuffisante.
Elles sont le résultat de la pauvreté et des inégalités, notamment en
zone rurale, où demeurent 75 % des pauvres à l'échelle de la planète.

Par le passé, le développement agricole a mis l'accent sur l'agriculture
à grande échelle, fortement capitalisée, au détriment des petits
exploitants dont la production fait vivre les communautés locales. En
outre, dans un environnement de plus en plus compétitif, les
gouvernements n'ont pas su protéger les travailleurs agricoles de
l'exploitation sur les grands plantations. Comment s'étonner alors que
les petits exploitants et les ouvriers agricoles représentent 70 % de
personnes incapables de se nourrir ?

Accélérer la transition vers une agriculture intensive et industrialisée
ne résoudra pas le problème. En fait, cela risque même d'aggraver une
situation déjà dramatique. Les fermes les plus grandes et les mieux
équipées sont très compétitives, puisqu'elles produisent pour les
marchés à moindre coût. Mais elles génèrent aussi un nombre de coûts
sociaux qui ne sont pas intégrés dans le prix de vente de la production.

En revanche, les petits exploitants produisent souvent à un coût plus
élevé. Ils sont très productifs à l'hectare, assurent une utilisation
optimale du sol et jouent des complémentarités entre les plantes et les
animaux. Mais le type d'agriculture qu'ils pratiquent -- reposant sur
une utilisation réduite d'intrants externes et une plus faible
mécanisation -- est intensive en main d'ouvre.

Mis en concurrence directe avec les grands exploitants agricoles, les
petits paysans seront nécessairement perdants alors qu'ils rendent de
précieux services à la communauté : ils préservent l'agro-biodiversité ;
ils favorisent résilience des petites communautés au choc des prix ou
aux phénomènes météorologiques, et ils préservent mieux l'environnement.

L'arrivée d'investissements à large échelle dans l'agriculture modifie
les relations entre ces différents mondes agricoles. Elle exacerbe cette
concurrence déjà très inégale. Elle peut être la source de graves
conflits sociaux dans les zones rurales.

Bien sûr, il faut investir dans l'agriculture de manière responsable.
Mais les opportunités que beaucoup ont vu dans la crise des prix
alimentaires ne doivent pas être confondues avec des solutions.

Relancer l'agriculture dans le monde en développement exigerait environ
30 milliards de dollars par an, soit 0,05 % du PIB mondial. Toutefois,
les sommes investies importent moins que le type d'agriculture qui est
encouragé. Si l'on favorise le développement de monocultures à grande
échelle contrôlées par les plus puissants acteurs économiques, le fossé
avec l'agriculture familiale, à petite échelle, se creusera davantage,
alors que le type d'agriculture industriel mis en avant est déjà
responsable d'un tiers des émissions de gaz à effet de serre d'origine
humaine.

Il est regrettable que, au lieu de relever le défi d'une agriculture
durable d'un point de vue social et environnemental, nous agissions
comme s'il était possible d'accélérer la destruction des paysans de la
planète de manière responsable.

*/Olivier de Schutter est le rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à
l'alimentation./*

*Copyright: Project Syndicate, 2010.
www.project-syndicate.org*






Par Engineer Rodolfo Garcia Samano
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Commentaire n°1 posté par Rodolfo Garcia Samano le 21/06/2011 à 16h56

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